Santé financière des structures de l’inclusion numérique : une étude régionale pour mieux comprendre et agir

lun. 21 sept. 2026

Après plusieurs mois de travail, Les Assembleurs publient une étude consacrée au financement des actions d’inclusion numérique en Hauts-de-France.

Comment les structures qui portent des dispositifs d’inclusion numérique se financent-elles ? Quels effets produit la contraction des financements publics ? Et surtout : quelles conditions réunir pour permettre à ces actions de s’inscrire dans la durée ?

C’est à ces questions que notre étude régionale cherche à répondre.

 

Un écosystème confronté à de nouvelles incertitudes

 

L’étude s’appuie sur deux corpus complémentaires : un questionnaire régional renseigné par 99 structures et 26 entretiens approfondis menés auprès d’acteurs de profils et de territoires différents.

 

Elle montre d’abord la diversité de l’écosystème. L’inclusion numérique est portée à parts comparables par le monde associatif et les collectivités, par des structures dont ce n’est souvent pas l’activité principale et avec des moyens humains dédiés resserrés. Cette diversité est importante à prendre en compte lorsqu’on parle de financement : les besoins et les marges de manœuvre ne sont pas les mêmes selon le statut, la taille, le territoire ou la nature des activités.

 

Mais un constat traverse les différents profils : 62,6 % des structures qui se sont prononcées estiment que leur situation ou leurs opportunités de financement se sont dégradées par rapport à trois ans auparavant. Cette perception est particulièrement marquée chez les acteurs associatifs et privés.

 

Pour autant, l’étude ne décrit pas un secteur « en voie d’effondrement ». Elle met plutôt en évidence une difficulté liée aux modalités de financement : leur durée, leur objet, leur visibilité et leur ancrage institutionnel comptent au moins autant que leur volume.

 

Le problème n’est pas seulement de trouver des ressources

 

Les acteurs interrogés mobilisent déjà plusieurs sources de financement : subventions, appels à projets, prestations, mécénat ou encore fonds européens. Cette hybridation peut renforcer la résilience des structures. Mais elle a aussi ses limites. La multiplication de financements de courte durée, avec des calendriers et des finalités différents, peut rendre le modèle économique plus complexe à piloter plutôt que réellement plus solide.

 

L’étude fait également apparaître un enjeu moins visible : 21,9 % des structures interrogées déclarent ne pas pouvoir isoler le budget consacré à l’inclusion numérique. Lorsque l’activité est intégrée à un budget global, elle devient plus difficile à objectiver et à défendre au moment des arbitrages.

 

La question est donc moins celle d’une diversification à tout prix que celle de la capacité à disposer de ressources lisibles, adaptées aux activités et suffisamment prévisibles.

 

Donner davantage de visibilité aux financements

 

Lorsqu’on leur demande ce qui permettrait de mieux pérenniser leurs actions, les structures interrogées placent en tête le financement pluriannuel contractualisé, sur trois ans minimum : 61,1 % le citent parmi leurs besoins. Viennent ensuite la création de fonds locaux dédiés à l’inclusion numérique (53,3 %) et la reconnaissance de l’inclusion numérique comme compétence obligatoire des collectivités (52,2 %).

 

Ces réponses ne dessinent pas un modèle unique à appliquer partout. Elles font plutôt ressortir une attente de visibilité et de reconnaissance, dans un secteur où les financements annuels ou ponctuels restent fréquents.

 

Cela ouvre plusieurs pistes de travail :

  • développer le recours aux conventions pluriannuelles lorsque les actions sont récurrentes et leur utilité établie ;
  • identifier des modalités de financement territorial permettant de soutenir dans la durée des besoins eux-mêmes durables ;
  • expérimenter, lorsque cela est pertinent, des fonds locaux ou territoriaux dédiés ;
  • mieux distinguer les financements de fonctionnement des financements de projet, afin que des activités structurelles ne dépendent pas exclusivement de renouvellements successifs d’appels à projets.

Faire de l’inclusion numérique une responsabilité territoriale

 

L’étude interroge également le portage politique de l’inclusion numérique. Aujourd’hui, celle-ci reste une compétence facultative, avec des niveaux d’implication variables selon les collectivités. Pourtant, les besoins d’accompagnement sont liés à des transformations durables : dématérialisation des services publics, accès aux droits, démarches administratives en ligne, évolution des usages numériques ou encore développement de l’intelligence artificielle.

 

Une piste ressort alors des travaux : mieux articuler le financement de l’inclusion numérique avec les politiques publiques qui produisent elles-mêmes des besoins d’accompagnement. L’étude explore notamment la question de la contribution des administrations ayant dématérialisé leurs services. Cette attente est citée par 36,7 % des structures interrogées. Il ne s’agit pas de faire porter à un seul acteur la responsabilité du financement, mais de poser une question collective : lorsqu’un service devient numérique, qui prend en charge l’accompagnement des personnes qui ne peuvent pas l’utiliser seules ?

 

Et maintenant ?

 

Cette étude ne propose pas une solution unique au financement de l’inclusion numérique. Elle montre plutôt que la consolidation de l’écosystème passe par plusieurs dimensions complémentaires : donner de la visibilité aux financements, mieux reconnaître l’activité, renforcer son portage territorial et continuer à développer les capacités d’ingénierie et de coopération des acteurs.

 

Les pistes formulées à partir de l’étude sont donc à considérer comme des propositions de travail, à approfondir avec les structures concernées, les collectivités, les financeurs et les administrations. Leur pertinence et leur faisabilité peuvent varier selon les territoires et les profils d’acteurs.

 

Notre objectif, avec cette étude, est avant tout de contribuer à mieux objectiver la situation économique de l’inclusion numérique en Hauts-de-France et à outiller le dialogue entre les acteurs qui la font vivre et ceux qui la financent.

 

📕 Lire l’étude complète en cliquant ici

 

Étude conduite par Les Assembleurs avec le soutien de la Banque des Territoires et le cofinancement de l’Union européenne.